Interview Le Matin Online

"Je devoile mon cote feminin!"

Membre fondateur de Rammstein, Richard Z. Kruspe s'est taillé un joli succès avec le groupe de metal industriel allemand (12 millions d'albums au compteur). Expatrié à New York, le guitariste revient avec un projet solo, "Emigrate", épaulé par quatre musiciens. Surprise, dans l'album éponyme il chante en anglais et flirte avec le rock anglo-saxon. Explications dans un club privé munichois.

The Gauntlet : Cet album, c'est l'aboutissement d'un rêve de longue de date?
Richard

Pendant les concerts de Rammstein, j'ai parfois essayé d'occuper le devant de la scène. Mais comme il y avait déjà quelqu'un là, je devais retourner à ma place! J'ai réalisé qu'une partie de moi veut être le centre d'attention. J'ai eu envie de faire une pause, de me distancer du groupe. J'ai déménagé à New York et j'ai commencé à composer des chansons là-bas. Et puis j'ai décidé d'essayer de chanter. Au début, c'était frustrant, parce que je manquais d'expérience. Mais je me suis vite rendu compte que personne d'autre ne pouvait interpréter ces chansons.

The Gauntlet : Vous avez donc travaillé de façon très différente sur ce projet.
Richard

Je compose différemment pour les deux groupes. Avec Rammstein, la musique doit pouvoir tenir debout sans les textes, les guitares sont le moteur des morceaux. Avec "Emigrate", j'ai cultivé un songwriting plus traditionnel. J'ai joué de la guitare et chanté par-dessus. La guitare est juste un élément de la chanson.

The Gauntlet : Le bassiste de Rammstein dit que l'allemand est la langue de la colère et, de ce fait, sied au heavy metal. Et l'anglais?
Richard

C'est le langage du rock'n'roll, bien sûr, puisqu'il est né en Amérique. L'environnement dans lequel on vit influe énormément sur le son qu'on produit. En déménageant à New York, je savais que ma musique allait changer. J'ai grandi en écoutant des sonorités anglo-saxonnes. Plus tard, j'ai essayé de les reproduire en Allemagne, mais le résultat ressemblait toujours à une imitation. Avec Rammstein, j'ai délibérément choisi de fabriquer une musique au son germanique. Avec "Emigrate", je reviens à mes racines.

The Gauntlet : Sur votre site Internet vos fans ont élu "Babe", une ballade, comme leur chanson favorite. Surpris?
Richard

Je suis surtout surpris par la tournure de l'album. Je ne m'attendais pas à ce qu'il soit si commercial. J'avais toujours cru être plus sombre que ça! "Babe" est une chanson très personnelle, remplie d'émotion. Je pense que beaucoup de femmes l'ont appréciée. J'ai un peu l'impression qu'avec Rammstein j'ai choisi d'exprimer mes pulsions masculines et que, avec "Emigrate", je dévoile mon côté féminin.

The Gauntlet : Vous vous mettez à nu dans ce CD?
Richard

Oui. Parfois on a besoin de recul pour se rendre compte de ce qu'on a créé. J'ai réalisé un album concept très personnel parce qu'il mesure et décrit les sensations que j'ai ressenties lorsque je suis arrivé à New York. De mon rapport à la ville à mon divorce, en passant par toutes les épreuves que j'ai traversées pour commencer une nouvelle vie.

Miguel Cid - 30/08/2007
Le Matin

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